C'est le point le mieux documenté de toute cette étude, avec deux méta-analyses portant sur des
dizaines de milliers d'hommes — et un angle mort persistant : on ne la dépiste presque jamais.
8-10 %
Environ 1 homme sur 10 concerné
Première méta-analyse (JAMA 2010, 43 études, 28 004 hommes) : 10,4 % de dépression entre
le 1er trimestre et un an après la naissance. Actualisation 2016 (74 études, 41 480 hommes) :
8,4 %. Une méta-analyse de 2020 confirme l'ordre de grandeur. Des taux du même monde que chez
les mères (10-20 %), pour un dépistage quasi inexistant.
Paulson & Bazemore, JAMA 2010[1] · Cameron et al. 2016[2] · Rao et al. 2020[3]
25,6 %
Le pic arrive après la naissance
Le taux le plus élevé est mesuré entre 3 et 6 mois post-partum (IC 95 % : 17-36 %) — quand
la dette de sommeil s'accumule et que toute l'attention se porte sur la mère et le bébé.
La dépression paternelle peut commencer pendant la grossesse et se prolonger toute la
première année.
Paulson & Bazemore, JAMA 2010[1]
r = 0,31
Les santés mentales des deux parents sont liées
La corrélation entre dépression maternelle et paternelle est positive et modérée : quand l'un
va mal, l'autre est à risque. C'est le facteur de risque le plus robuste identifié chez le père —
devant les antécédents dépressifs, la précarité ou les conflits conjugaux. Protéger la mère,
c'est aussi se protéger.
Paulson & Bazemore 2010[1] · Cameron et al. 2016[2]
Masquée
Chez l'homme, elle ne ressemble pas à celle de la mère
Irritabilité, colère, retrait, surinvestissement du travail, consommation d'alcool, conduites
à risque — plutôt que tristesse exprimée. D'où un sous-diagnostic massif. Bonne nouvelle :
l'échelle de dépistage EPDS a été validée spécifiquement chez les hommes (avec un seuil
abaissé).
Matthey et al., J. Affect. Disord. 2001[13] · Cameron et al. 2016[2]
11-79 %
Le syndrome de couvade, un phénomène bien réel
Nausées, prise de poids, fatigue, troubles de l'appétit et de l'humeur : une partie des futurs
pères présente des symptômes « sympathiques » de la grossesse. La fourchette est large car les
définitions varient. Ces symptômes sont associés aux variations hormonales (prolactine haute,
testostérone basse) et à la proximité du couple — pas une pathologie en soi.
Revue Child Dev. Perspectives[14] · Storey et al. 2000[5]
EPDS
Le dépistage existe — il faut juste y penser
L'échelle d'Édimbourg (EPDS), 10 questions en 5 minutes, est validée chez les hommes comme chez
les femmes. En France, l'entretien prénatal précoce (4e mois) est ouvert au futur père : c'est
le bon moment pour parler de son vécu, pas seulement de celui de la mère.
Matthey et al. 2001[13]
Signes qui doivent alerter (chez le futur père comme chez la mère)
Tristesse ou irritabilité persistante au-delà de 2 semaines · anxiété envahissante (santé du bébé,
finances, compétence) · sommeil dégradé même quand il est possible de dormir · retrait social,
perte d'intérêt · augmentation nette de la consommation d'alcool · idées noires. Dans ce cas,
en parler à un médecin ou une sage-femme — la dépression périnatale se soigne efficacement
(psychothérapie, soutien, traitement si nécessaire), chez l'homme aussi.